Un colloque sur l’enfance et la précarisation
Pro Enfance a organisé le 25 septembre 2015 un colloque d’une journée sur le thème « Enfance et précarisation : quelles politiques publiques pour demain ?» . Cet événement s’inscrit en lien avec le cadre du Programme national de lutte contre la pauvreté.
Ce colloque a permis d'aborder les liens entre enfance, précarisation et pauvreté, ainsi que de mettre en lumière des exemples de pratique. Il était destiné aux acteurs et actrices du domaine de l’accueil de l’enfance, de la prévention et de la lutte contre la pauvreté, ainsi qu'aux autorités politiques. 172 personnes provenant de toute la Suisse romande y ont participé.
La publication qui en résulte peut être commandée ou téléchargée (2016).
Le diaporama réalisé par des élèves de l'établissement C.F. Ramuz à Lausanne, produit en lien avec la thématique et projeté à l'occasion de ce colloque est également disponible.
Contexte
En Suisse, près d’un enfant sur dix est affecté par la pauvreté (Bilan Innocenti, Unicef, 2013). Pour viser une égalité des chances et permettre à chaque enfant de pouvoir s’insérer dans la société, la lutte contre la pauvreté est primordiale.
En offrant des prestations éducatives ajustées aux enfants et des prestations de soutien aux familles, les acteurs du domaine de l’accueil de l’enfance contribuent à la prévention et à la lutte contre la pauvreté.
Toutefois, sur le plan romand et national, il existe peu de transferts de savoirs fondés sur les initiatives individuelles, communales et cantonales. La capacité des offres de l’accueil de l’enfance, répondant au défi de la pauvreté, reste ainsi mal connue et cette situation rend toute vision d’ensemble difficile.
Pour parvenir à une approche cohérente et intégrative de l’accueil de l’enfance, il y a lieu de valoriser dans un premier temps le travail qui se fait - en termes de compétences ou de difficultés - et de l’articuler avec l’expertise de spécialistes.
But du colloque
Le but du colloque est d’agir sur la pauvreté des enfants et des familles en proposant une première analyse des liens entre enfance, précarisation et pauvreté.
Il vise en particulier une analyse transversale et multidisciplinaire de la problématique afin d’alimenter la réflexion sur le plan national et la prise de décision en vue de mieux coordonner les mesures d’action sociale. Il vise plus largement à valoriser les bonnes pratiques auprès des acteurs de l’accueil de l’enfance.
Cette démarche participera ainsi à augmenter l’efficacité des mesures de prévention et de lutte contre la pauvreté dans le domaine de l’accueil de l’enfance et du soutien aux familles.
A propos des conférences
Dessine-moi une ville d’enfant: quels liens entre exclusion de l’espace public et exclusion de la prospérit
Florence Meyer, spécialiste en aménagement du territoire et Martine Kurth, secrétaire générale de l’Artias
Les enfants occupent très rarement le terrain public et disparaissent aux yeux de celles et ceux qui ne vivent pas une vie privée ou une vie professionnelle avec eux. Or, ne pas voir d’enfants, c’est ne pas y penser. Ne pas y penser, c’est ne pas tenir compte de leurs réalités, de leurs besoins, de leurs envies au niveau des politiques publiques.
Aujourd’hui, les enfants sont absents des grandes politiques publiques et il n’est même pas certain qu’ils existent vraiment dans les politiques de lutte contre la pauvreté. Pourtant, ils sont largement surreprésentés dans les statistiques sur la pauvreté et la précarité.
Et si on envisageait de leur donner la parole, afin de mieux partager l’usage de la ville et des espaces publics ? Et si les enfants occupaient la rue au même titre que les voitures, se rendant visibles et incontournables ? Et si partager équitablement le territoire physique ouvrait la voie à une prise en considération concrète des enfants et de leurs vies ? Et si laisser les enfants sortir participait à garantir une meilleure égalité des chances, à lutter plus efficacement contre l’effritement du lien social, à redonner du sens à la cohésion
Lutter contre la pauvreté des enfants a un coût : accepter une véritable participation sociale des enfants et recalibrer la répartition du pouvoir entre les générations
Philip Jaffé, docteur en psychologie, directeur du Centre Interfacultaire des Droits de l’Enfant (CIDE), UNIGE
Qu'un enfant sur dix soit pauvre dans l'oasis de richesse qu'est la Suisse est surprenant ! Que cette situation ne déclenche pas une priorité nationale pour y remédier l'est encore plus! Par ailleurs, il n'est pas nécessaire d'être futurologue pour comprendre les effets humains intolérables humains et le coût financier énorme des vicissitudes néfastes, à court, à moyen et à long terme, pour les enfants eux-mêmes et pour la société helvétique toute entière.
Pourquoi accepter le risque d'une désaffiliation sociale pour un s i grand nombre de concitoyens? Est-ce un rêve de penser que les enfants suisses puissent se développer harmonieusement en bonne santé, dans la paix et dans la dignité? Parmi les remèdes, une meilleure application des obligations de la Suisse en matière des droits de l'enfant et une mobilisation en faveur de la reconnaissance des droits civiques et culturels des enfants... et surtout une stratégie soutenue pour amener les enfants suisses à une véritable participation à la vie socioculturelle de leur pays. Le coût de cette transformation est-il trop élevé pour la mentalité helvétique?
La culture, pour tous et pour chacun
Patrick Ben Soussan, pédopsychiatre, responsable du département de psychologie clinique, institut Paoli-Calmettes, Marseille
Pour tous aujourd'hui, chercheurs en SHS (Sciences humaines et sociales) et institutionnels, le doute n'est plus permis. Le sens des pratiques culturelles demeure essentiel à la construction de soi et à l'établissement des références communes « au monde » (Michel de Certeau, 1993). Le lien social est en effet possible si et seulement si les individus peuvent donner une signification à « leurs choix existentiels » par l'intermédiaire d'un contexte culturel (Jean Caune, 2006) et seules les expériences langagières et esthétiques permettent d'échapper à l'enfermement de l'individu dans sa communauté d'origine (fratrie, famille, ethnie, etc.).
La culture est plus qu'une « médiation symbolique du lien social » (Bernard Lamizet, 2002), elle est partie intègre et indivisible de l'humain. L'accès à la culture devrait de fait prétendre à l'universalité et à la gratuité. N'est-ce pas ce qu'André Malraux proclamait en France, en 1967, au sujet des missions du ministère de la Culture nouvellement créé : « La culture sera gratuite ». Aujourd'hui, cette prophétie s'est-elle réalisée et cette culture gratuite, pour tous, a-t-elle été mise en place par les politiques publiques et a-t-elle pu jouer son rôle dans la construction de liens relatifs à la cohésion d'une société?
Force est de constater, et toutes les analyses contemporaines tendent à l'établir, que les publics désignés d'un équivoque euphémisme comme éloignés, empêchés, défavorisés précaires,... - l'utilisation de ces termes induit déjà des réflexions – rencontrent des freins majeurs dont la force et la diversité sont reconnus, pour accéder à la culture.
Dès lors, comment comprendre les discours qui se rattachent à ces nouvelles exclusions, comment établir les ressorts de ces discriminations, comment redéfinir les missions voire les intentions des dispositifs d'accompagnement? Enfin, comment permettre que l'accès à la culture pour tous et pour chacun, métaphore du « vivre ensemble » et non plus de « l'entre-soi », puisse redevenir un vrai outil de cohésion sociale et ainsi participer au déclin de cette terrible notion de haute et basse culture (Bourdieu, 1979) qui divise et exclue?
Ateliers
Gouvernance des structures d’accueil extrafamilial des enfants : entre prestations standardisées et travail social au service du public
Les missions des structures d’accueil des enfants se transforment, évoluent. Cette présentation propose de questionner les nouveaux défis de gouvernance en se basant sur une étude menée auprès de cinq directions vaudoises.
Si l’accueil collectif extrafamilial a encore pour mission principale de répondre aux besoins de garde, qu’en est-il des attentes éducatives ? Quel est le potentiel d’encouragement précoce du programme national de lutte contre la pauvreté ? Comment le contexte politique et administratif mobilise-il actuellement les directions des lieux d’accueil, en particulier par les personnes sujettes à la précarité et à l’exclusion sociale ? Que faut-il penser des normes visant l’intégration sociale des enfants ?
Intervention : Raphaël Benoit, directeur de la structure d'accueil Globe-Trotters à Renens
Encouragement précoce pour les familles en situation de précarité : avantages et limites du programme petits:pas
petits:pas est un programme de prévention précoce s'adressant à des familles en situation de désavantage social et d'isolement. Visant à enrichir l'interaction parent-enfant au quotidien, il est basé sur des activités de jeu et d'éveil stimulant tous les domaines du développement de l'enfant. Il combine visites à domicile et rencontres de groupe sur une durée de 18 mois.
Mis en œuvre depuis plus de 8 ans en Suisse allemande et bientôt deux ans en Suisse romande, ce programme atteint-il vraiment les familles qui en ont le plus besoin ? Dans quelle mesure permet-il aux familles de sortir des processus de précarisation et d'enrayer la reproduction de la précarité ? Quelles limites observe-t-on dans la mise en œuvre de ce programme ?
Intervention : Raphaelle Deshayes, responsable du programme petits:pas pour la Suisse romande à Lausanne
Précarité-pauvreté : égalité des chances
Cette présentation aborde le problème des enfants dont les familles sont au bénéfice de l’aide sociale et donc en situation de pauvreté.
Si 30% des bénéficiaires de l’aide sociale sont des enfants, comment éviter qu’ils soient stigmatisés ? Comment leur permettre d’évoluer sereinement dans un milieu familial parfois difficile ? Comment favoriser l’accès à tout type d’accueil et/ou de formation (préscolaire, scolaire,…) ? Comment éviter que la précarité devienne un héritage ?
Autant de questions qui placent la prévention au centre du travail social.
Intervention : France Udressy, responsable du Service Social (CMS district de Monthey) et Véronique Bressoud, cheffe du service Enfance à Monthey
Accueil de jour des enfants : la qualité, un enjeu majeur pour Toutes les familles
Lors de cette présentation les participant-e-s sont invité-e-s à questionner les pratiques professionnelles qui favorisent la participation et l'implication des familles. Il s'agira aussi d'examiner en quoi un accueil de qualité favorise des opportunités multiples d'apprentissage.
Intervention : Agnès Rakoczy, conseillère pédagogique Partenaire Enfance & Pédagogie (PEP); Fabienne Guinchard, directrice PEP ; Véronique Desponds Theurillat, conseillère pédagogique PEP à Lausanne
La co-éducation à Fribourg
Cette présentation aborde les pratiques de l’Education familiales. Celles-ci reposent sur deux principes d’intervention : les ressources et les capacités propres des parents pour les renforcer et les développer, et la promotion de la co-éducation qui implique toutes les personnes participant à l'éducation des enfants (famille proche, entourage, professionnels des différentes institutions).
Une méthodologie de travail, qui va à la rencontre des parents « là ou ils sont » sera présentée pour mettre en pratique ces principes. Celle-ci inclut notamment 12 repères pour la réflexion-action des acteurs de promotion.
Intervention : Cristina Tattarletti, directrice Education familiale à Fribourg
Planète Bleue : un lieu d’intégration pour les enfants et leurs parents
Cette intervention met en évidence les missions de Planète Bleue. Cette structure vise prioritairement à favoriser l’intégration des enfants issus de familles allophones ou en situation d’exclusion, mais aussi celle de leurs parents.
Intervention : Josette Laub, directrice de la crèche garderie Planète Bleue à Lausanne
Conciliation travail et famille : les défis pour une famille monoparentale
Le Bureau de l'égalité et de la famille du canton de Fribourg a réalisé en 2014, à l'occasion des 20 ans de sa création, le court-métrage « Travail, famille – on s'organise ». Lors de cette présentation, un extrait de ce film est projeté pour lancer la discussion concernant les défis d’une famille monoparentale.
L’extrait choisit évoque une jeune mère expliquant comment elle assume seule la vie quotidienne avec ses deux jeunes enfants. Elle aborde les défis à relever en termes de travail, de droit aux prestations du chômage, d'isolement social, de santé, de logement, de prise en charge des enfants.
Intervention : Geneviève Beaud Spang, responsable du Bureau de l'égalité et de famille FR à Fribourg
Faire face à la précarité d’une famille : interventions complémentaires à Lausanne
A partir d’une situation concrète de précarité familiale, au centre de vie enfantine de la Bourdonnette, cette présentation aborde l’accompagnement pouvant être mené auprès d’une famille. Il mettra en particulier l’accent sur les interventions complémentaires du personnel éducatif du CVE de la Bourdonnette et de la cellule socioéducative du Service d’accueil de jour de l’enfance de la Ville de Lausanne.
Les missions, actions et partenaires de la cellule socioéducative seront aussi présentées. Il s’agira aussi d’aborder les mutations sociales et les nouveaux enjeux professionnels liés à l’accueil des jeunes enfants.
Intervention : Claude Thüler, adjointe pédagogique et responsable de la cellule socioéducative ; Karine Beausire, intervenante socioéducative ; Nathalie Bigot, directrice du CVE de la Bourdonnette ; Nicolas Crevoisier, éducateur de l'enfance au CVE de la Bourdonnette à Lausanne
L'espace parents-enfants à Genève, un accueil pluridisciplinaire pour des familles en situation de grande précarité
La politique de solidarité de la Ville de Genève s'inscrit au quotidien dans des prestations de qualité et de proximité pour la population, notamment pour les personnes les plus vulnérables et/ou isolées. L'Espace parents-enfants, inauguré en 2008, incarne cette vision politique. Il a pour objectif de favoriser au sein d'une même structure le travail de socialisation, d'intégration et d'accompagnement des parents et de leurs enfants grâce à une équipe interdisciplinaire, en conjuguant les expertises et compétences du travail social et de l'éducation de l'enfance.
Comment l’idée de cet Espace parents-enfants, intégré au Secteur petite enfance de Saint-Gervais à Genève, a-t-elle émergé ? Comment oriente-il ses prestations à l’égard des enfants et des parents ?
Intervention : Chantal Thébeau, éducatrice de l'enfance et Marie-Christine Bovard à Genève
L’interdisciplinarité dans le canton du Jura pour rompre avec la pauvreté sociale
Quels sont les réseaux pouvant être créés pour sortir les familles de la pauvreté sociale ? A partir des différents facteurs d'isolement des familles, identifiés dans le cadre de la réalité professionnelle des intervenantes, cette présentation introduit la question de l'interdisciplinarité dans le canton du Jura.
Les projets dans les domaines de la relation entre la mère et l'enfant sont mis en évidence. Les liens entre le Centre d’animation et de Formation pour Femmes migrantes (CAFF), les différentes structures d'accueil de jour préscolaires, le service de puériculture et les deux maisons vertes du canton, sont présentés.
Intervention : Marie Friedeli, intervenante en thérapie familiale, présidente de la Puce Verte ; Stéphanie Malnati, intervenante à la Bulle Verte, présidente de la Bulle Verte ; Thérèse Lattmann, éducatrice indépendante, intervenante au point rencontre dans le canton du Jura
Semer ensemble des albums pour que chaque enfant trouve ensuite, seul, son chemin
Depuis 15 ans, l’association Prévention de l’Illettrisme au Préscolaire œuvre dans le canton de Neuchâtel pour développer le goût de lire de tous les enfants, quelle que soit leur culture, leur langue, leur milieu social…
Dans cet atelier, il s’agit de présenter le travail quotidien des animatrices de l’association et les moyens mis en œuvre pour que chaque famille découvre le plaisir du récit.
Un travail à prolonger en direction des professionnel-le-s de la petite enfance, pour leur donner un autre regard sur la lecture, sur ses fonctions, provoquer l’envie par l’exemple, pour que tous les enfants deviennent des citoyens libres de leur choix…
Intervention : Catherine Gerber, présidente Association Prévention de l'Illettrisme au Préscolaire (PIP) à Neuchâtel; Anne-Lise de Bosset, formatrice et animatrice PIP
