Accéder au contenu principal

Mise en place d'une Unité inclusion pour l'accueil de l'enfance : bilan d'une expérience sur sol vaudois

Le réseau d'accueil de l'enfance AJESOL, regroupant les communes vaudoises d’Ecublens, Chavannes-près-Renens et Saint-Sulpice, a mis en place une "Unité inclusion" visant à renforcer la cohérence du dispositif autour des enfants à besoins éducatifs particuliers (BEP). Après deux années de travail, un rapport exhaustif est mis à disposition. Enjeux et défis systémiques y sont mis en exergue avec pertinence et de manière critique. 

Comme le souligne le rapport, la présence d'enfants BEP induit une surcharge de travail avec un risque accru d’épuisement des équipes, ce qui peut prétériter les relations au sein de l’équipe éducative, mais également avec les enfants, les parents, voire avec la direction. L’attention que certains enfants demandent de la part de l’équipe éducative peut aussi impacter négativement le bien-être des autres enfants accueillis. Environ 20% du réseau AJESOL sont en situation BEP. 15 % des situations exigent des mesures ciblées qui devraient être proposées pour un enfant ou un groupe d’enfants. Pour les situations les plus complexes tels que des troubles du spectre de l’autisme, des situations de handicap, des difficultés de comportement durables (environ 5 % des enfants), des mesures intensives doivent impérativement être proposées afin de soutenir les équipes éducatives. Celles-ci engagent différents acteurs tels que les parents, la direction de la structure, les équipes éducatives, d’autres professionnel·es et l’école

Un projet pilote inaugurant une évolution institutionnelle

L’Association pour l'accueil de jour des enfants du Sud-Ouest lausannois (AJESOL) s'est trouvée à un moment charnière de son évolution institutionnelle, à l'instar d'autres réseaux d'accueil de l'enfance. Confrontées à des besoins croissants en matière d’inclusion et à des ressources limitées, les structures du réseau ont exprimé la nécessité d’un accompagnement renforcé, tant sur le plan pédagogique qu’organisationnel. C’est dans ce contexte que le comité de direction de l’AJESOL a choisi de développer une politique d’inclusion novatrice en réponse aux recommandations de la FAJE (fondation vaudoise pour l’accueil de jour des enfants) en janvier 2022.

Le projet a ainsi poursuivi un double objectif :

  • soutenir les équipes éducatives dans la gestion des situations complexes impliquant des enfants à besoins spécifiques ;
  • structurer et harmoniser les pratiques inclusives à l’échelle du réseau afin d’assurer une meilleure cohérence entre les différentes structures préscolaires et parascolaires.

Le choix stratégique traduit la volonté de l’AJESOL de passer d’une approche réactive à une approche proactive, centrée sur la prévention, la formation et la collaboration interdisciplinaire. L'expérience a permis de renforcer les synergies entre les différentes structures partenaires, avec une volonté commune de répondre au mieux aux besoins des enfants, tout en considérant le bien-être des professionnel·les. Grâce à l’engagement des équipes éducatives, ainsi qu’au soutien des Communes qui ont accompagné sa mise en oeuvre tout au long de son développement, une "Unité inclusion" a pu voir le jour. Sur la base de priorités restant à définir, le projet-pilote est voué à être pérennisé.

La création de l’Unité Inclusion par une équipe pluridisciplinaire vise à renforcer la cohérence du dispositif d’accueil tout en soutenant la montée en compétences des professionnel·le·s. Elle constitue également un levier essentiel pour réduire la pression sur les équipes éducatives, améliorer le bien-être au travail et garantir un accompagnement individualisé adapté à chaque enfant. La démarche se veut progressive et participative, fondée sur l’expérience du terrain et la concertation entre les différents acteurs. Elle doit permettre, à terme, de renforcer la capacité du réseau à offrir un accueil réellement inclusif, respectueux des besoins des enfants et des ressources des équipes. 

Comme le souligne le rapport, le projet a traversé plusieurs défis au cours des deux années ayant marqué sa mise en oeuvre, dont des obstacles systémiques et des imprécisions dans la conception initiale du projet. La réalité du terrain montre que la mise en oeuvre de l'inclusion des enfants BEP reste complexe. La présence sur le terrain de l’Unité inclusion, les retours du terrain et les ajustements réalisés ont permis une meilleure lisibilité des besoins et l’identification de plusieurs leviers d'amélioration. Le projet pilote révèle ainsi des enseignements essentiels.  Un tel projet implique notamment de soigner les obstacles rencontrés par les familles d’enfants avec BEP, la formation du personnel ou encore le taux d'encadrement des enfants. 

Un besoin de cohérence dans les politiques inclusives

Les observations des autrices du rapport mettent le doigt sur un certain nombre d'incohérence, tout en apportant des pistes de solution, dont voici quelques extraits :

L'injonction d'égalité des chances mérite une appréciation en adéquation avec sa mise en oeuvre effective, notamment pour que la réalité budgétaire puisse se confondre avec les réalités de terrain. In fine, la responsabilité de l’accueil des enfants BEP revient en réalité souvent aux communes et aux réseaux d’accueil. Ainsi 54% des heures de présence des soutiens éducatif sur le terrain (temps en présence d'enfants) est financé par les Communes. La répartition des responsabilités entre les différents niveaux de l’État (Assurance Invalidité, prestations cantonales et communales) dans la prise en charge pourrait constituer une piste, le financement étant un enjeux central. 

La responsabilité est largement reportée sur les équipes éducatives, sans que les conditions structurelles nécessaires à sa réussite soient réunies. Ce décalage entre les principes affichés et les moyens accordés interroge la cohérence même des politiques inclusives actuellement déployées. La persistance d’une logique intégrative constitue un obstacle majeur à la réalisation d’une inclusion authentique. 

Tant que les conditions structurelles, organisationnelles et formatives ne seront pas profondément repensées, le risque demeure que l’inclusion produise des effets paradoxaux, voire contre-productifs, tant pour les enfants présentant des BEP que pour les professionnels et les autres enfants du groupe. Pour que l’inclusion des enfants présentant des besoins éducatifs particuliers dépasse le stade d’un idéal prescriptif et se traduise en pratiques effectives et durables, il est indispensable d’adopter une approche hiérarchisée des mesures à mettre en oeuvre.

À moyen terme, il est crucial de repositionner politiquement l’inclusion comme une responsabilité systémique, en dépassant la logique individualisante encore dominante. Les financements doivent être réformés pour soutenir l’adaptation des environnements éducatifs dans leur ensemble. Les mécanismes actuels d’allocation des ressources, encore largement fondés sur l’identification individuelle des besoins, doivent être ainsi attribués aux structures éducatives sur la base de critères contextuels et structurels, en prenant en compte les niveaux socioéconomiques régionaux, la composition des groupes, le nombre d’enfants présentant des BEP accueillis dans les structures,

Télécharger le rapport (Association pour l'accueil de jour des enfants du Sud-Ouest lausannois, 2026)