Cet article diffuse les témoignages transmis à pro enfance, le vécu de professionnel·le·s de l'enfance, de parents. A suivre...

Témoignage d'une éducatrice de l'enfance

Je souhaite partager avec vous ces semaines passées en « service minimum et accueil d’urgence ». Je travaille dans une structure qui a été maintenue ouverte afin d’accueillir les familles dont les parents assurent un « travail prioritaire ».

J’ai eu plaisir à continuer de travailler, j’ai pu, enfin accompagner un petit nombre d’enfants par demi-journée, pas plus de 7 enfants. Grâce à ce petit nombre et en étant seule professionnelle et adulte dans le groupe, j’ai entièrement pu être attentive à leurs besoins, à suivre leur rythme, à proposer un accompagnement et des dispositifs éducatifs individualisés.

J’ai ainsi pu, par exemple, chercher avec une fratrie accueillie d’urgence ce qui les rassurerait. L’enfant de 5 ans, le plus âgé, a décidé de demander des photos de ses personnes familières pour les avoir lors des journées passées dans la structure.

J’ai pu prendre le temps d’accompagner un enfant qui fréquente le groupe que j’accompagne habituellement plus individuellement (juste avant le « confinement », sa maman m’avait exprimé des interrogations et des demandes sur certaines actions éducatives).

J’ai pu collaborer avec des collègues que je ne fais que croiser dans les couloirs, travailler sur un projet avec eux et ainsi m’enrichir de rencontres humaines et de connaissances nouvelles (idées d’activités, de matériel, échanges de point de vue...).

La reprise a été annoncée, cela nous a permis de réfléchir en équipe (éducative du groupe) aux dispositifs éducatifs que nous allions mettre en place, et de poser par écrits ceux-ci : la situation demande un accompagnement nouveau, « inédit », qui prenne en compte aussi bien les « gestes barrières », les normes d’hygiène renforcées que des accompagnements pédagogiques et humains repensés.

Ainsi cette période m’a beaucoup enrichie, m’a permis d’utiliser ma créativité, mes compétences tout cela en m’appuyant sur mes expériences passées, sur les théories, sur les pratiques, sur l’expérience et les compétences de mes collègues...

Je souhaiterai que tout ces bienfaits perdurent... Que la reprise permette à des dispositifs éducatifs nouveaux de voir le jour et de perdurer, que nos professions soient plus connues et reconnues, que les politiques viennent voir, lisent des témoignages « positifs » et concrets, comprennent l’importance de nos professions pour la société...

Merci à vous, collègues et professionnels, de m’avoir enrichie lors de nos échanges directs ou virtuels (par exemple vos commentaires ou publications sur les pages Facebook)...

Sandrine Fleuret (éducatrice de l’enfance), 22 avril 2020

Témoignage d'un parent

Je vous écris car j’ai pris connaissance de votre lettre ouverte au Conseil fédéral.

Je suis maman d’une petite-fille qui va dans une crèche privée de Pully et la structure d’accueil a demandé aux parents de les aider financièrement, alors que l’établissement est fermé depuis le mercredi 18 mars dernier.

Nous avons reçu plusieurs communications de la crèche, dont une la semaine dernière, nous faisant part de sa demande de chômage partiel, restée sans réponse à ce jour, de ses soucis financiers, des prolongations ou facilités de paiement non acceptées par leurs fournisseurs et leur bailleur; au final, de toutes les raisons qui vont amener la crèche à sa faillite et à sa fermeture si elle ne trouve aucune ressource financière.

Avec d’autres parents, nous nous sommes concertés car apporter notre soutien à la garderie est une chose, mais il est difficile pour nombre d’entre nous, financièrement parlant, de supporter 80% du montant de la garde mensuelle pendant la fermeture de la structure, alors que nous sommes nous-même dans des situations précaires.

Un des parents, nous a transmis un article de journal dans lequel était indiqué que Berne désavouait les Cantons, le Conseil Fédéral ayant refusé une aide de 98 millions pour les structures d’accueil, rétorquant que ces dernières doivent faire comme les PME pour des octrois de crédits.

Nous avons conscience que la situation touche de très nombreuses structures d’accueil, publiques comme privées et avec des disparités selon les Cantons. Nous avons aussi conscience dans des moments comme celui-ci que seule la collaboration, la coopération et d’élever nos voix, pourront faire avancer les choses, nous l’espérons.

Les structures d’accueil sont un des piliers nécessaires à notre économie et à sa reprise dès la levée du confinement. Comment nous parents pourrons-nous reprendre le chemin du travail si nous n’avons plus de structures pouvant accueillir nos enfants, si elles doivent fermer faute d’aides de la part des communes, des Cantons et de la Confédération.

J’en appelle donc à vous afin de savoir comment nous pouvons aider à porter haut et fort notre soutien aux structures d’accueil et défendre leur cause auprès des communes, des Cantons et de la Confédération.

Olivia Prangey-Amzallag, 14 avril 2020